Sea Basing : quelles applications en France et en Europe ?

Publié le par Armée du futur

Après la chute de l'URSS, les grandes Marines se sont vues privées pour longtemps des engagements en eau profonde pour lesquels elles avaient été conçues. Afin de s'adapter à cette nouvelle donne, la Marine américaine a publié en 2003 un programme de transformation appelé "Sea Power 21". Ce programme s'appuie sur 3 axes dont le plus ambitieux et le plus novateur est certainement le "Sea Basing".

 

D'un point de vue opérationnel, l'idée du Sea Basing est simple : il s'agit d'utiliser les bâtiments de la Marine pour constituer au large une base aéronavale capable de soutenir des opérations terrestres comme le ferait une base de l'armée de terre : accueillir des troupes, les acheminer au combat, assurer leur soutien logistique et leur fournir l'appui-feu nécessaire.

L'intérêt d'utiliser une sea base est double. D'une part elle rend possible une opération loin de tout point d'appui et sans avoir à dépendre d'une nation hôte. D'autre part, elle permet de limiter le déploiement à terre d'infrastructure lourdes et sensibles (stock, hôpital de campagne, atelier de maintenance...) et de gagner ainsi en sécurité et en réversibilité.

Sea basing : schéma de principe du soutien d'une opération terrestre depuis la mer

Le principal problème est la gestion des mouvements au sein de la sea base et entre la sea base et la côte : il est encore très difficile à l'heure actuelle de faire passer des charges lourdes d'un bateau à un autre et les transports amphibies sont généralement lents. Qu'importe, la Marine américaine écrase l'obstacle sous les billets verts : des aéroglisseurs ou des hélicoptères lourds seront utilisés pour les transports et des navires spéciaux, capables de se relier entre-eux, ont été conçus.

Sea Basing : vue d'artiste d'une future sea base de la Marine américaine

Bien que disposant de moyens beaucoup plus limités, le Royaume Uni et les Pays Bas ont d'ores et déjà traduit le Sea Basing dans leurs doctrines nationales. La France n'a pas suivi le mouvement alors même qu'elle achève de se doter d'un nouveau concept pour les opérations amphibies.

 

En 2020, la France disposera de capacités amphibies significatives : 4 bâtiments de projection et de commandement dotés d'hôpitaux et d'ateliers de maintenance et de nouveaux transports de débarquement peut-être à effet de surface. Ces moyens devraient permettre dans certains cas de soutenir une opération depuis la mer.

Cependant, les réticences françaises ne concernent pas uniquement la faisabilité du Sea Basing : ce concept doit beaucoup à la tradition géopolitique américaine, en particulier aux travaux de l'amiral Mahan, en France, puissance historiquement continentale, la liberté d'action est associée à l'emprise au sol et au prépositionnement. De plus, être visible, disposer d'infrastructures et éventuellement les mettre au service des civils apparaît préférable dans le cadre des engagements actuels où l'acceptation des population joue un rôle important.

Publié dans Débat

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fred 09/06/2009 20:02

Personne ne s'interroge sur la vulnerabilite d'une telle installation, qui ne sera pas si loin des cotes???

Contre-amiral Georg von Maltzan, attaché de défense et naval 19/02/2009 13:37

Même si la marine allemande, en tout cas dans sa version d'aujourd'hui, n'a pas une telle tradition amphibique que, par exemple, la marine nationale, Sea Basing est une idée, un concept, qui attire beaucoup d'attention chez nous.
Le CEMA allemand a signé en décembre 2007 le . Ceci a pour but de montrer les possibilités et capacités de la marine pour soutenir les actions sur terre tout en limitant les forces necéssaires sur le sol.
Je propose une étroite coopération entre les deux marines francaise et allemande sur ce thème.
Georg von Maltzan

Armée du futur 19/02/2009 15:28


Merci Contre-amiral Georg von Maltzan pour votre participation à ce blog

Lionel Luttenbacher