La "bosse budgétaire", origine et solutions

Publié le par Armée du futur

Les armées modernes ne vont pas sans leur arsenal complexes et couteux. En France la règle est d'utiliser ces matériels jusqu'à leur dernier souffle : nos avions ravitailleurs ont 45 ans, les hélicoptères de manœuvre en moyenne 30 ans, les VAB 28 ans et les avions de transport tactique autant.

C'est une évidence, les matériels anciens nécessitent plus de maintenance, et des pièces de rechange et des savoir-faire introuvables. Ils doivent être adaptés aux nouvelles réglementations et aux nouvelles menaces, bref paradoxalement plus un matériel est vieux plus il coûte cher.

Les budgets militaires rappellent donc la fameuse « courbe en baignoire » des électroniciens : un matériel coûte cher en début de vie, parce qu'il faut le concevoir, le fabriquer et le mettre en service, et en fin de vie, parce qu'il faut le réparer, l'adapter et finalement le démanteler.

Si on décide de ne remplacer les matériels que lorsqu'ils arrivent en fin de vie, cela revient à superposer ces deux phases couteuses. On crée ainsi la fameuse « bosse budgétaire » dont on a beaucoup parlé en 2008.

Evaluation du coût global d'une capacité au cours du cycle de vie des matériels : apparition de la bosse budgétaire

Sans même se poser la question de l'intérêt économique ou opérationnel de mener nos matériels en fin de vie, on s'aperçoit que c'est une stratégie désastreuse sur le plan politique puisqu'elle conditionne le renouvellement des capacités à un effort financier extraordinaire après une longue période d'insouciance.

Pour illustrer ce type de situation, il suffit de songer au renouvellement de notre capacité aéronavale : pendant 40 ans, la France a possédé et entretenu sans presque y penser deux porte-avions mais lorsque la bosse est venue les crédits ont manqué et après quelques péripéties navrantes il a été plus ou moins admis qu'il n'était pas nécessaire d'avoir en permanence un groupe aéronaval à la mer.

L'ex-Clémenceau quittant Brest : le surcout lié à la bosse budgétaire entraine une rupture de la capacité aéronavale

Plutôt que de lier le renouvellement d'une capacité à l'obsolescence du matériel en service ne vaudrait-il pas mieux se régler sur les évolutions technologiques ou tactiques ?

La réponse est évidemment oui, mais pour qu'il soit possible d'accélérer ainsi les changements de matériels à budget sensiblement constant, il faut que l'État ne soit pas engagé financièrement sur toute la durée de vie de l'équipement, c'est-à-dire soit qu'il puisse le revendre sur le marché de l'occasion, soit qu'il renonce à l'acquisition patrimoniale.

Qu'il faille prendre en compte les besoins des futurs acheteurs dès la conception et mener une politique incitative sur le marché de l'occasion, ou bien préférer la location et d'autres formes de partenariat public-privé à l'acquisition patrimoniale, c'est une petite révolution qui nécessaire...

Publié dans Débat

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